Il était le premier réveillé

Il était le premier réveillé
Il attendait sur la table, la nuit était finie depuis peu….
Il guettait l’escalier
Une lumière s’allumât à l’étage…
Quelqu’un était réveillé

C’est bientôt l’heure les gars…

Le placard de la cuisine gémi
Le robinet laissa tomber une larme
Et la porte fier et encore droite craqua des mécaniques
Silence dans la maison silence sur la maison
Le calme était de rigueur, personne ne bougeait
Tous serraient les dents, figer par la peur, la crainte
Le monde extérieur semblait compatir car dans un périmètre tout autour un drôle de silence régnait, lourd et tendu, l’air obligeait même le vent à faire un détour…
Qui brisera t’il aujourd’hui ?

C’est bientôt l’heure les gars…

Il en avait vu plus qu’il ne pouvait le supporter depuis qu’il est arrivé dans cette famille
Secouer régulièrement il finissait toujours par être enlacer avec ferveur
Il aimait être tenue entre deux mains, il aimait faire briller les yeux du maître
Mais il détestait tomber au sol et croiser le regard paniqué de petit homme prostré sous la table.
Il détestait les crie de cette femme et plus encore de l’entendre pleurer et pleurer… et pleurer. Pourtant lui n’avait rien à craindre pour l’instant le petit Briquet Bic était de ceux que le maître aimait et choyait.

C’est l’heure les gars…

Le grand Maître descendit l’escalier, le frottement singulier de ses savates sur le sol faisait frémir la maison…
Sans mot, Le grand maître se prépara un petit déjeuner, café au lait et…café au lait…c’était un bon jour, pas de verre de vin avant le café, pas encore de gros mots. Il pris doucement petit Briquet Bic et s’alluma une cigarette. La cafetière clapota nerveusement de joie, et le sourire de la boite de sucre cabossé amusa une seconde la vieille table de la cuisine.

Ca va être pour nous les gars …

Habituer des secondes de répit, du calme avant la tempête, petit Briquet Bic craignait de finir contre le mur tout comme chacun de la maison. Chaque murs en gardes des traces et des coulures qui ne semble déranger personnes, lourdes images de scènes de violences, assiettes, verres, tasses et tout objets finissait souvent la tête première contre un des murs, fracassé pour toujours… la pendule du salon revenait souvent en arrière et entendait de nouveau les cris régulier du temps passé de la dernière guerre.

Ya un truc bizarre les gars…

Petit Briquet Bic interrogea l’assistance, drôle d’ambiance, moins de tension, pas de crie, c’est pas habituel, car le maître est alcoolique, violent, il frappe toutes sa famille et tout ce qui tombe sur sa main, sans aucune retenue.

La bouteille de vin trouva la réponse…de sa hauteur elle pu lire une brochure, posé sur la table : aide au alcoolique, soutien, accompagnement.

Petit Briquet Bic eu comme une étincelle dans les yeux…les choses allait peut être changer…peut être…

du net

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C'est aujourd'hui

Aujourd’hui, c’est aujourd’hui qu’il faut y aller

Cette petite phrase, voilà des mois qu’il y pensait, qu’il l’entendait résonner dans sa tête, qu’il appréhendait ce moment ou elle serait enfin prononcée.
Non il ne voulait pas y croire, pourtant c’était bien le jour.
Il rassembla ses affaires, les rangeas.
Un dernier coup d’œil sur la chambre, le couloir,
Le voilà en bas de l’escalier.
La maison lui trouva un air fatigué…
Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas dormis comme l’enfant qu’il était…
Ca fait trop longtemps à son goût
Un léger bruit dans la cuisine le fit sursauter
C’était la cafetière, avec son café qui coule en se prenant pour des cailloux
S’il avait entendu ce son des milliers de fois, ce n’est qu’aujourd’hui qu’il y fit attention
L’horloge du salon se mit elle aussi à faire du bruit…presque délicieux
Les conduites d’eau du chauffage grinçaient, aimablement
Un volet cogna, il ne fallait pas l’oublier,
La chaudière ronfla, le parquet craqua…
Toute la maison se mis à parler, parler, parler…
« C’est aujourd’hui qu’il faut y aller » dit il soudainement à tout le monde
Le silence n’avait jamais été aussi bruyant.
Une voiture s’arrêta devant la porte quelqu’un s’approcha de la maison.
Une femme, belle, agréable, souriante, se tenait devant lui, l’air gêné
Mais comment elle est rentrée ?
Elle se mit à parlé, comme la maison, des mots des mots, il avait du mal à comprendre ce qui ce passais et reconnu dans le discours de cette femme un : « c’est aujourd’hui… »
Ha oui, c’est aujourd’hui qu’il faut y aller répéta-t- il
« Mais qui êtes vous ? » finit il par dire à cette étrangère.
« C’est moi, Josie, je suis ta fille Papa » Elle avait les yeux rouges. Elle ressemblait à un ange, elle avait cette maladresse des gens qui vous veulent du bien. « Ma fille ? »
C’est aujourd’hui qu’il devait y aller, las bas, de l’autre coté. Hors les murs…
Il se retourna une dernière fois…sur la maison, emportant son image, un merci sortie faiblement de sa bouche, remplie de gratitude…
Toute la maison lui répondit en cœur…
Il avait peur mais la présence de cet ange, cette femme, sa fille le réchauffa un peu.
C’est elle qui ferma la porte à clef, c’est elle qui semblais s’occupé de tout, il la suivie comme l’enfant qu’il était et, est partie, aujourd’hui….


Si vous cherchez ce personnage pour lui raconter des histoires de cafetière, de volet, ou de parquet, ou de bien d’autres choses encore ne cherchez plus,… mais si vous cherchez simple ment ce personnage et bien sachez qu’il est tout prêt de chez vous…
Il a quitté un jour sa petite maison pour une plus grande, une Maison de retraite disent certains. Franchissez la porte d’entrée, allez y et vous le verrez ce personnage, avec cet air particulier de l’enfant qu’il était…et en regardant bien, je suis presque sur que vous verrez également Josie, assise à coté de lui, belle, agréable, souriante. Tel un ange, son ange à lui…

Il tomba fortement

Il tomba fortement sur le sol Ses genoux prirent une fois de plus un coup Il était à terre Il essaya de se relevé mais ne pu le faire qu’avec l’aide d’un de ses compagnons Il continua à marcher portant sa lourde charge : lui
Le silence de sa tête était inimaginable De plus en plus, il ne pensait plus, il n’avait plus cette voix en lui Il était presque mort Cela faisait 22 mois qu’il était là Il ne reconnaissait plus personnes Il était arrivé là parce qu’il jouait de la musique Non, parce qu’il habitait un mauvais quartier Ou parce qu’il avait été dénoncer Ou plutôt, juste pour son Nom Il ne le sait plus et d’ailleurs cela lui fut très vite égal Il était là, Il pensait, au début, à la faute qu’il portait Il cherchait, au début, ses erreurs Mais très vite il ne devait plus penser à cela Il devait juste ne plus penser Et tenir Pour vivre, juste tenir Juste vivre Enfermer comme il n’aurait jamais pu l’imaginer, Il perdait petit à petit tout repère Tout ce qui fut partie des fondements de son humanité Qu’est ce donc d’être humain si un semblable vous fait subir cela ? Il devait tenir Juste tenir Pour juste vivre Il est mort le jour ou ses pieds foulèrent le seuil de ce camp Il est mort il y a longtemps Aujourd’hui il a changé de nom, de pays, de vie…
Il ne joue plus de musique, il tient encore…

Alors en regardant les informations devant ce poste de télévision, avec ses camarades, ceux qui attendent comme lui un jours J, il ne peut s’empêcher de trouver la vie injuste, une fois de plus. Des hommes aujourd’hui disent que cela n’a jamais existé, des humains comme lui…

J’imagine que lorsque son ange se présentera devant lui il le serrera dans ses bras, il le prendra fort et ne pensera plus qu’à une chose : le tenir juste le tenir…pour qu’il l’emmène vite, sans souffrance…ô mon Dieu, pour ne plus penser…

La vie lui doit peut être cela….


En mémoire de ses enfants, de ses femmes, de ses hommes qui sont passés là-bas, même pas une journée pour certains….

Les mains posent

Que ce soit en règle générale ou en particulier que ce soit dans la vie de tous les jours, le quotidien ou dans les moments difficiles, nos mains parlent, posent et se laissent dévoiler, nous dévoilent, elles s’expriment bougent affirment et expliquent. Des fois elles saisissent, manipulent prennent et tiennent, pour d’autres elles frôlent caressent et massent, elles savent appliquer, poser, pincer, pétrir, mais quoiqu’elles fassent elles touchent, notre œil, nos corps, nos esprits. A travers une main c’est toute une histoire qui se dessine. Main calleuse du travail de force, main légère de l’esprit qui se couche sur papier, main donnant toute la mesure du quotidien. Belle, trapue, avec bourrelet ou fine. Parée de bijoux, ou nue comme une main, elle reste le prolongement de ce qui fait nous…et touche, oui touche tout ce qui peut l’être. Doucement ou fortement, avec hésitation ou empressement nos mains nous ressemblent.


Les mains d’un père sont protectrices, les mains d’une mère, rassurantes, les mains de celui ci taquines, les mains de celui là font mal, les mains se donnent, se retirent, et se serrent. Les mains vivent des vies de mains, simples, touchantes. La main du docteur examine, la main de l’infirmière soigne, la main de l’orthophoniste parle, la main de l’éducateur accompagne, la main de l’aumônier est ouverte, la main du comptable compte, la main de la secrétaire danse sur le clavier, et la main du directeur montre le lointain, celle du stagiaire tremble comme celle de l’arrière grand père, la main du jeune hésite et celle du professeur explique, la main de la femme de ménage s’abîme, celle du cuisinier se brûle, la main de l’amoureux en attrape une autre, et j’en passe des mains et des meilleures. Car la main est aussi charitable, certains ont la main comme d’autres la passent ou se font la main. Verte ou blanche quelle soit première où seconde la main nous est courante.


Alors il nous reste à en prendre soin, doucement, malgré le temps qui passe malgré les rides, malgré les cicatrices. Oui n’oublions pas qu’une main c’est comme un peu de nous et que si l’on veut vraiment avoir la main, il suffit peut être d’en prendre soin, le reste c’est une histoire de mains…

Le mal blanc

Elle courait du soir au matin
Elle se trouvait là, puis ici
Tel un courant d’air elle n’arrêtait pas
Elle recevait des ordres de l’un, puis d’un autre, même si elle avait un seul chef
Les remarques fusaient des fois, piquantes, coupantes,
Et pourtant elle était là

Elle appliquait des procédures, apprenait des gestes,
Elle donnait encore
Tel un puit sans fond
Elle donnait et se donnait aussi, elle aimait sont métier
Les moments pénibles, durs, stressant n’était pas rares
Et pourtant elle était encore là

Elle voulait aider, se rendre utile
Faire de sa vie une vie pour les autres
Elle avait juste oublié que la vie ne se donne pas comme çà
Qu’il faut en prendre soins pour cela
Alors de plus en plus elle pleurait dans sont lit
Alors de plus en plus elle refermait sont visage perdait le sourire
Et pourtant elle était toujours là

Elle ouvrit un jour la collection hippocratique
Et se replongea dans cette lecture d’un autre age
Elle tomba sur : Primum non noncere
Elle était là, devant ces mots si justes, comme une évidence
Et décida de se l’appliquer à elle même…

Elle reprit le combat de l’ange blanc avec plus de panache
Pris du recul, s’occupa d’elle,
Elle prit soin de sa propre personne, celle de l’intérieur
Et retrouva un sourire, puis deux…
Elle était de nouveaux là, radieuse
Elle était là, parmi toutes ses blouses et pyjamas blancs, bleus, verts
Là, à l’hôpital
Là ou paradoxalement elle se sent le mieux

Miroir mon bon miroir

C’était l’heure, comme tout les matins
Debout Denise Faut y aller se dit elle
Sans tarder direction salle de bains, comme tout les matins. Les traits tendus, la marque du sommeil en rouge sur sa peau blanche. La voilà en face de son miroir, ses yeux piquaient un peu. Après les avoirs frottés elle se regarda, comme tout les matins
Mais aujourd’hui elle ne souriait pas
Elle ne souriait plus depuis un moment, fatigués, las de la vie. Elle se levait sans conviction. Elle en avait contre la vie, elle trouvait bien des choses injustes
L’homme est un animal, il court à sa perte
Et soudain elle se vit ; Faire d’autres gestes
Elle se regardait mais son image semblait être quelqu’un d’autre
Elle se pencha, son autre elle fit de même
Elle se releva. Son image était toujours penchée vers l’avant, mais qui es tu
Ben c’est moi, et toi ? qui es tu
c’est moi !
Elle se parlait, les yeux grands ouverts, et elle se répondait
Quelque chose ne tournait pas rond
Apres un petit moment pour comprendre ou pour accepter
Elle entama une discussion avec elle même, avec son autre elle, celle du miroir
Se sentant en confiance elle demanda :
Ca va
Bof pas trop
Ha bon ? dis moi, moi c’est pareil je me sens pas trop bien en ce moment
Ben moi j’ai des soucis de genoux
Moi aussi, c’est drôle ça, et en plus j’arrive pas à oublier le cancer de mon mari
c’est comme moi, ça me rend triste, mais triste
Leurs conversation dura presque une heure, elle échangèrent leurs vies, leurs impressions
Chacune servant de reflet à l’histoire de l’autre, chacune répondant aux questionnements de l’autre
Cette rencontre magique avec une autre image de soi pouvait bouleverser une existence
Elle parla de sa vie, remonta dans le temps, empruntant les pages noirs, racontant les moments de bonheur, allant jusqu'à se faire des aveux
Apprenant ce qu’elle, elle avait vécu, ce qu’elle, elle avait enduré et comment elle, elle avait fait pour toujours rester droite, elle s’étonna…
Ces mots résonnèrent dans sa tête : « toujours rester droite
Elle sourit
Son image lui sourit aussi,
Elle venait de se voir, comme jamais personne n’avait pu la voir
Flatté, honoré, encouragé par cette rencontre elle passa une bonne journée, une depuis longtemps. Se rencontrer lui avait ôté un poids
Le lendemain, elle se leva plus vite que d’habitude, et se retrouva très vite dans la salle de bain
Mais elle n’était plus là, elle ne se voyait plus comme hier
Elle avait pourtant changé
Le sourire peut être, le teint rose sûrement
Elle se sourit et lança à travers le miroir :
Je sais que t’es là, que t’a toujours été là, merci d’être passé me voir, merci pour cette discutions hier matin, merci de t’être confié et de m’avoir écouté, je vais continuer mais prends soins de toi comme je vais prendre soins de moi. Maintenant que je te connais un peu, dans un certain sens je me sens mieux
Elle ouvrit la bouche tira la langue et dit « 33
Tout va bien ! rassure toi ! Ce n’est pas si fou de se voir deux, non
Elle repartit vivre une seconde belle journée, avec le sourire,
Et depuis ce jour Denise continu de se lever de la même manière, comme tout les matins
Mais depuis ce jour seulement, elle se sourit dans cette glace, elle sourit à l’image de ce miroir, elle sourit à la vie…et cela la réconforte
Merci mon miroir !



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La Force des choses

Il se frotta les mains
Il avait des grosses mains, de celles qui donnent l’impression d’avoir construit le monde
Des mains pourtant devenues douce, depuis qu’il avait arrêter de travailler
Par la force des choses
Il essaya d’ouvrir le placard, mais faiblement, doucement il tendit la main, elles tremblaient
Il pensa qu’il devrait faire plus doucement encore, pour être encore plus précis, pour ajuster son geste
Le placard ouvert il regarda tous ce petit monde à l’intérieur, des verres, des tasses, tous ébahis la bouche grande ouverte, ils le regardait lui, et avait l’air de dire : « mais qu’est ce que t’attend ?
Tu prend qui aujourd’hui ?
Interloqué et ne se souvenant plus de ce qu’il voulait il referma la porte, elle claqua, taquine
Il se frotta les mains, doucement, et alla péniblement s’asseoir
Il mettait de plus en plus de temps à s’asseoir, et faisait couiner ce lourd et vieux fauteuil en cuir qui adorait cela avec autant de conviction que s’il était neuf.
Il ne se laissait plus tomber comme avant, plus maintenant. De peur de tout casser
Par la force des choses
Il regarda par la fenêtre, et aperçue une partie de son jardin, les arbres dansait sous un ciel bleu, en chantant : « viens, viens encore jouer avec nous ». La pelouse presque défraîchi courait dans le vent, des oiseaux vinrent virevolté et sautiller en faisant rigoler les dernières fleurs, tous semblais réclamer la présence de leur jardinier, mais il n’en avait plus le courage, plus la force
Par la force des choses
Il se frotta encore les mains, il aimait faire cela, c’était son petit plaisir
Lui qui avait tant demander à ses mains, lui qui avait fait tant de choses avec, il pensait qu’elle méritait bien toutes ses attentions et toutes ses caresses

C’était surtout qu’il ne faisait plus rien avec, et que cela lui manquait, elles partaient comme le reste de son corps qui s’endormait petit à petit. Il se s’entait partir, à l’instar de ses mains qui subtilement perdaient de leurs sensibilités, lui ressentait un profond détachement, profond et grandissant.
Par la force des choses
Il écouta le calme de sa maison, il l’avait choisi pour cela, il se souvint de toutes ses choses qu’il avait vécues ici, là, et ici aussi
Il sourit, il était bien, là, « un moment de gloire », c’est comme cela qu’il appelait les instants de sérénité et de bonheur que la vie lui donnait
Il tourna la tête et regarda une photo de famille sur un vieux très vieux buffet, sa plus grande réussite, l’expression l’avait toujours amusé, comme si il l’avait fabriqué lui même, de ses propres mains, tel un Dieu, c’était tout de même une très belle famille

Il aimait sa famille, il aimait les gens, il aimait sa vie, mais il aimait aussi les objets, les choses. Et il avait appris à aimer cela par la force des choses justement. Tout n’a pas été facile

Les choses possède une force incroyable dont il s’était inspiré toute sa vie, réussissant le tour de force d’en faire une philosophie, qui l’avait conduit jusqu’ici aujourd’hui
Et c’est ainsi que, par la force des choses, puisqu’il en est ainsi, son corps c’est tout bonnement arrêté de vivre. Les yeux ouverts, un sourire de plénitude, il c’est laissé détaché avec la délicatesse des choses que l’on maîtrise, avec force et beauté.
Déchargé, dégagé de toutes contraintes il s’en est allé, entouré d’une force magnifique : la force des choses…


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sentinelle

Il était là debout,
Sentinelle parmi les guetteurs
Cela faisait un long moment qu’il se tenait droit comme un homme
Il en rigolait encore, droit comme un homme

Il pleuvait aujourd’hui, le bruit des gouttes était presque délicieux
Il veillait, tranquille, là à 40 mètres
Il observait, Il scrutait, comme toujours
Rien d’exceptionnel, la vie se déroulait devant lui
Doucement,

Cela allait changer, il sentait qu’aujourd’hui cela changerait
Sans vraiment savoir pourquoi, ni comment
L’œils aux aguets il se mis à repenser à toutes les images qu’il avait gardés
Ces milliards d’images à la seconde

Il avait vue L’eau passer
Il avait vue l’ours chasser
Il avait vue mille animaux le saluer
Il avait vue reculer la foret
Il avait vue la vie, s’écouler, devant lui

Il avait protégé oiseaux, écureuils, mammifères
Donné refuge à toutes sortes de parasite, de vers
Il était tombé amoureux de mère nature,
De jours comme de nuit il était là faisant son devoir
De toutes les saisons, de tout les temps
Il avait gagné sa place au bout de longs efforts, de longues années
Il était le plus efficace des sentinelles

Il murmura sa crainte,
Les guetteurs alentours lui répondirent
Il se passe quelques choses d’anormal
Tous redoublèrent d’attention
Qu’est ce que c’est ?

De là haut, le mystère se fit silence
Une voiture arriva, un, deux, trois hommes
Il sont trois, là juste en bas
Faites silences amis de la forêt
Faites silence…

Et ce fut le drame, dans un terrible crie de machine d’homme, infernal
Il sentait que l’on s’attaquait à lui
Amis guetteurs faites passer le message, nous sommes attaqués par des hommes
En un éclair il éparpilla dans le vent ses milliards d’informations collectés durant 700 ans
En un instant d’arbre il se vit partir, coupé, débité, peut être brûler
Il craqua toute sa peine, son chagrin, sa tristesse…il tomba

Un passeur s’arrêta pris d’effroi…
Et entendit la dernière volonté de ce guetteur tombé
Il s’appelait Larix Décidua il était de la race des mélèzes
Il allait manquer à la forêt, la forêt allait lui manquer…
La pluie redoubla, le vent transportât la nouvelle du drame à travers le pays
La région entière se mit à gémir, à se plaindre, plongé dans le deuil

Larix Décidua est maintenant loin de son royaume
Il est loin de ses terres, riches, belles, à l’origine d’une humanité
Il est maintenant une simple souche, au raz du sol
Une simple souche qui, si on se donne la peine de regarder de plus prêt
Laisse apparaître une pousse,

Une renaissance de Larix …



Moi aussi je peut faire une vue du ciel...